Archive pour janvier, 2009

005 – De délicieux petits pains

Notre nourriture était très spartiate. Nous vivions exclusivement des produits de la ferme.

Ainsi, nous faisions notre pain nous-mêmes.  La préparation de la pâte, la chauffe du four à pain, l’enfournement et la sortie du four étaient pour les petits une curiosité toujours renouvelée. Et puis, nos parents ajoutaient aux gros pains des plus petits qui faisaient notre régal dès la sortie du four !

Ils mettaient aussi à cuire dans des cases (plats en terre cuite) des pommes de terre avec un peu de lard, ce qui constituait un régal pour toute la famille.  Souvent, une case d’un délicieux far complétait la fournée.

Mais voici comment se déroulait l’opération :

Tout d’abord, il faut noter que le four se trouvait à l’extérieur de la maison. Au repos, l’ouverture de ce four était bouchée par une très grosse pierre plate.  Une fois cette pierre enlevée, il fallait chauffer le four en brûlant des fagots de bois (bois coupé sur les talus ou les taillis durant l’hiver et entassé près de la maison).

 

fourpain.jpg

Ancien four à pain  (cliquer sur la photo pour l’agrandir)

 

Quand le four était suffisamment chaud, on arrêtait le feu, on répartissait les cendres encore brûlantes à l’intérieur du four et on enlevait les cendres éteintes avec un balai de genêt pourvu d’un long manche. On enfournait alors la pâte et les cases de pommes de terre et de far. Puis, on replaçait la grosse pierre pour boucher le four. Enfin, pour empêcher toute déperdition de chaleur, on colmatait l’entourage de la pierre avec de la bouse de vache.

Et il n’y avait plus qu’à se laver les mains (indispensable !) et rentrer à la maison en attendant avec impatience la fin de la cuisson pour pouvoir se régaler de ces délicieux petits pains.

 

Un peu d’histoire :

 

 Le four banal (cliquer ici) était, sous l’ancien régime, un four seigneurial dont l’usage était obligatoire et taxé.

Le droit de banalité s’appliquait aussi aux pressoirs, forges, boucheries, etc …  Ce privilège sera aboli le 17 juillet 1793.

Longtemps après la fin de ce monopole attaché à l’utilisation en commun de certains équipements, la société rurale conservera cette pratique collective de la cuisson du pain. En effet, pour des raisons techniques (minutie de la construction du four en particulier) et économiques (emploi d’un minimum de bois pour le chauffage), les habitants d’un village se groupaient pour bâtir un four commun.

Le four dit « banal » était en fait une construction appartenant à la collectivité. Le four individuel n’apparut qu’au 19ème siècle. Il était soit indépendant, mais proche de l’habitation de son propriétaire, soit intégré à cette dernière.

 

Le pain, aliment populaire par excellence, a une longue histoire qui peut être résumée en neuf grandes périodes :  (cliquer ici)

 

Proverbes et citations concernant le pain :

- Long comme un jour sans pain   (triste, ennuyeux)

- Bon comme le bon pain   (charitable, bienveillant, doux)

- Avoir son pain cuit   (avoir sa vie assurée)

- Oter le pain de la main à quelqu’un   (lui ôter le moyen de subsiter)

- Mettre à quelqu’un le pain à la main   (être l’artisan de sa fortune)

- Avoir mangé son pain blanc le premier   (avoir été heureux dans sa jeunesse et ne plus l’être)

 

 

 


 

 


Publié dans:Biographie |on 28 janvier, 2009 |Pas de commentaires »

004 – Une histoire de lit clos

Que faisais-je de mon temps durant ces jeunes années ? Je me rendais utile dans la mesure de mes faibles moyens, aidant l’un et l’autre si je le pouvais.

Souvent, j’allais avec ma cousine Maryvonne (qui était aussi ma marraine) garder les vaches dans une prairie située à plus d’un kilomètre de la ferme. Dans cette prairie, il y avait un ruisseau et aussi des fruits sauvages à cueillir : prunelles, mûres, noisettes … ce qui nous permettait d’occuper notre temps agréablement. Quand mon cousin Prigent nous accompagnait, des disputes éclataient souvent. Je me souviens plus particulièrement de l’une d’elles. Alors qu’il était plus grand et plus fort que moi, j’avais réussi à lui coincer la tête et à la taper contre une grosse pierre plate auprès de laquelle nous avions l’habitude de nous asseoir. Et à notre retour, évidemment, vu le triste état de la figure de mon cousin , j’eus droit à une sévère réprimande.

J’étais donc souvent en compagnie de Prigent. C’était aussi le cas la nuit puisque mon frère Jean, Prigent et moi partagions le même lit clos. En effet, étant donné le nombre de personnes vivant dans notre ferme, il fallait partager les lits. Il s’agissait de lits clos traditionnels. Ils étaient équipés d’un matelas de balle d’avoine renouvelée après chaque moisson. Les premiers jours, nous avions du mal à entrer dans le lit tellement le matelas était rempli. Mais, rapidement, sous le poids des occupants, ce matelas se tassait et devenait très plat. Parfois, en cours d’année, on remédiait à ce tassement en ajoutant de la balle fraîche.

Les lits étaient clos au-dessous et latéralement. Nos parents, pour une raison que j’ignore, avaient décidé de clore aussi le dessus  avec une mince planche de bois. Ceci eut le don de nous déplaire et, dès que nos parents étaient couchés, nous la balancions par terre. Malgré les nombreuses récriminations des parents, nous réitérâmes ce geste de révolte jusqu’à la suppression définitive de cette planche, ce qui nous permit enfin de respirer plus à notre aise !

Un peu d’histoire :

Le lit clos est un meuble qui servait de lit, d’armoire, de coffre et de banc. C’était le meuble principal des habitations en Bretagne jusqu’au XIXe siècle. Sculpté et orné, il était une fierté pour le maître de maison.

Le lit clos est avant tout un lit entouré de tous les côtés de panneaux de bois, deux portes coulissantes permettant d’y pénétrer.  Le lit étant placé en hauteur, un coffre de même longueur sert de marche ainsi que de banc le reste du temps.

004 - Une histoire de lit clos 180px-Armoire_maison_cornec magnify-clip Lit clos dans le Finistère

(Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Le lit clos est un meuble traditionnel de la Bretagne. Dans des logements habituellement constitués d’une seule pièce, abritant toute la maisonnée, le lit clos permettait un peu d’intimité, avec l’avantage qu’en hiver il protégeait du froid.

Il mesurait entre 1,60 m et 1,70 m, dimension suffisante pour les Bretons qui étaient assez petits et aussi parce qu’ils « couchaient presque assis, adossés à trois ou quatre oreillers. »

Ne correspondant plus aux besoins,  les lits clos ont été progressivement abandonnés au XIXe siècle. De beaux représentants ont été placés dans les musées, pendant que la plupart se voyaient plus ou moins reconvertis, par exemple en bibliothèque ou en meuble-télé.  Au XXIe siècle, des loueurs de gîtes proposent des nuits dans un authentique lit clos.

La légende du lit clos  (cliquer ici )

Publié dans:Biographie |on 19 janvier, 2009 |Pas de commentaires »

003 – Attention au hache-lande !

J’étais trop petit à l’époque pour porter un jugement sur nos conditions de vie d’alors. Toujours est-il que tout le monde a survécu, sans doute au prix de très gros efforts et sacrifices des parents et aussi des enfants les plus âgés qui étaient mis à contribution dès qu’ils pouvaient être utiles. Et, dans une exploitation familiale qui ne disposait d’aucun outillage sophistiqué, chacun, dès le plus jeune âge, trouvait à utiliser ses mains : brosser les chaussures de la maisonnée, faire la vaisselle (hé oui !), laver les bancs …

Mais cela n’empêchait pas les bêtises ! Je me souviens parfaitement, sinon des circonstances, du moins du résultat de l’une d’elles : un exploit personnel !

Il est aisé de comprendre que les parents et les aînés étaient fort occupés et que les petits étaient donc, en quelque sorte, abandonnés à leur propre sort. Les petits, c’est connu, obéissent facilement à leurs aînés, surtout pour faire des idioties.

A la ferme, il y avait un hache-lande qui servait à couper l’ajonc dont les chevaux étaient nourris. Cet outil était composé de deux lames tranchantes montées sur un tourniquet qui entraînait une vis sans fin qui entraînait elle-même l’ajonc sous les lames. Alors que j’avais environ cinq ans et que nous étions seuls dans la grange, mon cousin Prigent, de trois ans mon aîné, me dit : « On va voir si le hache-lande peut aussi couper mes doigts. Je vais les mettre sous les lames, tu vas tourner et on verra ». Et, effectivement, on a vu : mon cousin a eu trois doigts sectionnés je crois que j’ai échappé à la fessée car il fallait soigner le blessé qui, de toute manière, était responsable de ce qui était arrivé puisqu’il était plus âgé !

lhachelande2.jpg

Pour avoir des informations très intéressantes sur les travaux des champs tels qu’ils étaient pratiqués par nos aïeux, cliquer sur cette photo de hache-lande.

 

 

Publié dans:Biographie |on 15 janvier, 2009 |Pas de commentaires »

002 – Le retour des deux soldats

De la période de fin de guerre, je n’ai gardé aucun souvenir précis, si ce n’est celui du retour simultané de mon père et de mon oncle. Je ne me souviens pas des embrassades. Je ne me rappelle que des uniformes bleu horizon de mes deux militaires ! Je n’étais jamais sorti de ma ferme et n’avais jamais vu un soldat. Imaginez ! En voir deux d’un seul coup ! Et, en plus, mon père et mon oncle !  L’image est encore dans ma tête …

La guerre était donc enfin terminée. Place à une nouvelle vie ! Mais j’étais trop petit pour apprécier et je dois avouer que ne n’ai pas gardé de souvenir marquant de cette période. Quatre-vingts ans après, sans repère réel, j’essaie d’entrer dans la peau des acteurs du moment.

Je suppose que mon père et mon oncle ont eu beaucoup de mal à se réadapter. Après quatre ans de souffrances terribles mais aussi d’absence totale de responsabilité et d’initiative, sauf pour essayer de sauver leur peau, il leur fallait reprendre les rênes de l’exploitation, réorganiser leur vie pour le bien de la petite communauté dont ils étaient à nouveau responsables. Rétrospectivement, je les vois traumatisés, sans avoir eu le temps de réaliser leurs traumatismes.

Je dois préciser qu’ils sont revenus, comme à peu près tous ceux qui ont vécu l’enfer de cette « grande guerre », non seulement physiquement épuisés mais aussi malades, blessés, sans être reconnus comme tels. 

Mon oncle était rentré plus mal en point que mon père, sans qu’il s’en soit réellement rendu compte, du moins c’est mon avis. Il avait été gazé, comme tant d’autres. Rapidement, sa santé a périclité alors que c’était une force de la nature. J’ai assisté à la dégradation progressive de son corps, sans qu’il se plaigne. Mais sa souffrance physique, et surtout morale, étaient flagrantes. Comme il pouvait fournir de moins en moins d’efforts, il aimait que je lui tienne compagnie. Quant à moi, j’appréciais également beaucoup sa présence et j’espérais, en lui apportant mon affection, lui donner un peu de force. Hélas ! environ dix ans après la fin de cette guerre, épuisé, il mourrait, sans que je puisse lui dire un dernier « au revoir » car j’étais au collège …

Quant à mon père, Verdun lui avait aussi laissé de sérieuses séquelles : il n’était pas sourd mais il fallait toujours crier, voire hurler, pour lui faire entendre quelque chose. A partir d’une certaine distance, relativement courte, toute communication devait se faire par gestes. Ayant subi le même traumatisme lors de la seconde guerre mondiale, je comprends les complexes que cet handicap provoquait chez mon père. Que de gênes, de difficultés de toutes sortes engendrées par cette surdité prononcée !

Néanmoins, les ex-soldats s’étaient transformés en cultivateurs acharnés avec des capacités physiques diminuées mais, en tout cas,  des capacités morales absolument admirables, compte tenu des circonstances.

Publié dans:Biographie |on 12 janvier, 2009 |Pas de commentaires »

001 – Naître en temps de guerre

Je m’appelle Jean-Louis et je suis né le 26 mai 1916 dans une petite ferme bretonne située au « Rascol », à Lannilis, dans le nord du Finistère, c’est-à-dire au bout du monde.

 

Carte Lannilis

Pour en savoir plus sur Lannilis,
cliquer sur la carte

J’ai décidé, après maintes réflexions, de raconter ma vie car j’estime qu’elle a été plutôt bien remplie et parsemée d’évènements plus ou moins marquants qui m’ont laissé un souvenir durable.

Pour commencer, que se passait-il le jour de ma
naissance ?

Nous étions en pleine première guerre mondiale et la bataille de Verdun faisait rage, bataille qui fit plus de trois-cent-mille morts !  Et mon père y était …

                             verdun3

Pour en savoir plus sur la Bataille de Verdun, cliquer sur la photo

Inutile de préciser que, dans ces circonstances, ma naissance n’a pas été spécialement fêtée ! Trop de préoccupations accaparaient l’esprit des gens, plus précisément à cause de cette horrible guerre interminable et terriblement meurtrière.

 Il est patent que les agriculteurs ont été, proportionnellement, les plus nombreux à partir au front. 

En ce qui concerne ma famille, elle était considérablement amoindrie. Pour bien comprendre la situation, il faut savoir qu’avant la guerre deux couples et leurs enfants vivaient ensemble dans notre ferme. A noter, pour la petite histoire, que le mari d’un des couples était le frère de la femme du second couple et réciproquement (un peu compliqué, je vous l’accorde !). Les deux maris – mon père et mon oncle – étaient au combat au moment de ma naissance. Mon oncle avait quatre enfants et mon père en avait deux (je fus le troisième). Ces enfants avaient de un à dix ans et il est facile de comprendre la situation extrêmement pénible dans laquelle se débattaient ma mère et ma tante pour faire « marcher » la ferme et arriver à nourrir tout ce petit monde.

Au manque de bras s’ajoutait le manque de matériel. Il faut noter ici qu’il s’agissait d’une ferme de douze hectares, en polyculture, et que tout le travail se faisait sans le moindre outil mécanique : pas de moissonneuse-batteuse, pas de trayeuse électrique (l’électricité étant une « fée » totalement inconnue). Et je me demande encore comment ces « pauvres » femmes et ces petits enfants, qui faisaient ce que leurs faibles forces leur permettaient, ont pu s’en sortir !

 

Publié dans:Biographie |on 11 janvier, 2009 |Pas de commentaires »

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